La République Démocratique du Congo a commémoré, dimanche 2 Août 2026, le Génocide pour des Gains Économiques (GENOCOST). À l’occasion, le chercheur et ancien Gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya a retracé les trois décennies de la guerre à l’Est du pays en expliquant les « pièges géopolitiques et pillages systématiquement organisés ».
par Martin Leku
Une cérémonie officielle a été organisée à Kinshasa en présence du Président de la République, Félix Tshisekedi. Plusieurs membres du Gouvernement, des représentants des institutions, des partenaires internationaux et des familles des victimes y ont pris part.
Un hommage solennel a été rendu aux millions de Congolais tués dans les massacres, les conflits armés et les violences perpétrés dans l’Est du pays depuis 30 ans. Les autorités ont également dénoncé l’exploitation illicite des ressources naturelles par des pays voisins.
30 ans de conflits et de pillages systématiques
Dans une tribune publiée en marge de cette commémoration, le Ministre du Commerce Extérieur a expliqué que le GENOCOST retrace 30 ans de conflits, de pièges géopolitiques et de pillages systématiquement organisés dans l’Est de la RDC.
Revenant sur la chronologie, Julien Paluku Kahongya a situé les prémices dans les années 1990 avec le lancement de l’offensive rwandaise depuis l’Ouganda et l’annonce du multipartisme au Zaïre par le Président Joseph Mobutu.
Il a souligné l’assassinat en avril 1994 des Présidents Rwandais et Burundais, à la base du déclenchement du génocide au Rwanda. Un événement qui a conduit à la traversée des millions de rwandais, dont des militaires et miliciens vers la RDC, en s’installant dans les camps de Mugunga, Nyiragongo et Kahindo, en province du Nord-Kivu.
L’ancien Gouverneur du Nord-Kivu et doctorant en sciences politiques a évoqué la guerre de l’AFDL en 1996 et l’entrée du mouvement commandé par Laurent Désiré Kabila à Kinshasa mais aussi le renvoi en 1998 des troupes rwandaises.
« En représailles, les militaires rwandais ont créé la même année le RCD à Goma, dans le but de tenter de marcher sur Kinshasa. Ces événements ont déclenché le début des massacres de civils notamment à Kasika, Makobola, Kilungutwe et le contrôle pendant cinq ans du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et d’une partie du Katanga par Kigali » a-t-il fait savoir.
Julien Paluku est aussi revenu sur l’assassinat de M’Zee Kabila et la prise du pouvoir par Joseph Kabila en 2001. À l’en croire, la période de 2004-2012 a été marquée par la succession des rébellions, dont celles de Mutebusi, Nkunda, CNDP et M23.
Entre 2019-2026, il a rappelé la « résurrection du M23 » et la réapparition de l’ancien Président Joseph Kabila à Goma, une ville sous occupation de ce mouvement rebelle.
Un bilan humain de plus de 10 millions de morts
Selon le Ministre Julien Paluku, le GENOCOST résume les pillages des ressources naturelles et le coût humain de cette guerre économique avec plus de 10 millions de morts et près de 500 000 femmes violées en 30 ans.
Instituée officiellement en 2022, la journée nationale du GENOCOST vise à commémorer les victimes des crimes et des violences liés aux conflits et à la prédation économique. Elle est commémorée cette année sous le thème, « Ne pas oublier, ne jamais répéter, commencer à guérir ».









