L’officialisation du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) par l’ancien Président Joseph Kabila redéfinit brutalement les équilibres politiques et sécuritaires de la République Démocratique du Congo. Selon Edgar Katembo Mateso, analyste et chercheur en philosophie politique, le nouveau mouvement politico-sécuritaire s’inscrit dans la continuité de la dynamique « Sauvons le Congo » et de l’AFC-M23.
par la Rédaction/RTVH
Dans une tribune publiée ce mercredi 14 octobre, Edgar Mateso estime qu’en prenant la tête du FRN, Joseph Kabila tente de s’imposer comme l’interlocuteur central face au Gouvernement. À l’en croire, cette stratégie concrétise ce qu’il qualifie de projet de « soudanisation » du pays, visant à découper le territoire en plusieurs zones d’influence contrôlées par des groupes armés.
Allusion faite à la déclaration du Président honoraire du 9 octobre, appelant à « sauver impérativement le Congo qui est en péril ». L’analyste fait savoir que cette sortie illustre la volonté manifeste de contourner les institutions établies et d’accélérer la recomposition politique par le rapport de force.
Un sabotage des voies diplomatiques
D’après Edgar Mateso, l’émergence officielle du FRN constituerait un sabotage des démarches diplomatiques internationales engagées pour stabiliser la région.
« D’un côté, les discussions de Doha, qui mettaient face à face le Gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23, se trouveraient privées de sens par la création d’un nouveau commandement unifié. De l’autre, le canal de Washington, axé sur un dialogue direct avec le Rwanda, se verrait neutralisé par la prétention de Kabila à devenir la seule interface politique », pense-t-Il.
Une stratégie de saturation sécuritaire
A l’en croire, la séquence des événements ayant précédé l’annonce du FRN ne relèverait pas du hasard. Il y voit une stratégie de saturation sécuritaire. Notamment, l’arrivée de la délégation de l’Union Africaine à Goma dans un climat d’incertitude extrême, le crash tragique à Kenge ayant causé la mort de deux juges de la Haute Cour Militaire, et l’extension des massacres attribués aux ADF qui épuise les forces de défense.
Le dilemme de Kinshasa : passivité ou offensive ?
Confronté à cette menace, le Gouvernement de Kinshasa fait face à une décision capitale, explique Edgar Katembo Mateso.
« Deux options s’offrent à lui : Maintenir un cessez-le-feu théorique et s’en remettre aux processus de Doha et de Washington, au risque de condamner l’État à la passivité face à des accords moribonds; ou engager une réorganisation en profondeur de l’armée et une offensive militaire pour libérer Goma, seule voie pour réaffirmer le monopole de la violence légitime de l’État », poursuit le Chercheur en Philosophie politique.
Une Assemblée Nationale déconnectée
Par ailleurs, l’analyste dénonce une « déconnexion inquiétante » de l’Assemblée Nationale avec les enjeux sécuritaires du front.
« L’absence de débats stratégiques au sein de la représentation nationale témoignerait d’un aveuglement dommageable de la classe politique », écrit-il.
Edgar Mateso conclut sur l’urgence d’une mobilisation pleine et entière des institutions républicaines pour éviter que la République Démocratique du Congo ne bascule définitivement dans la fragmentation territoriale et politique.








